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DEPUIS NOTRE NUMERO DE MAI CONSACRÉ AUX JEUNES HOMOS,
L'IDÉE DE CRÉER EN FRANCE UNE STRUCTURE ACCUEILLANT
DE JEUNES GAYS EN DÉTRESSE A FAIT SON CHEMIN.
RENCONTRE AVEC NICOLAS NOGUIER,
QUI S'APPRÊTE À DÉPOSER LES STATUTS DE SON ASSOCIATION,
LE REFUGE.

   
À 25 ans Nicolas Noguier travailleur social épanoui. Ce jeune Montpelliérain cherche un local pour sa future association, Le Refuge, centre d'hébergement destiné aux jeunes homos en détresse. Rencontre avec un jeune homo timide mais déterminé.

Comment t'est venue l'idée de monter cette structure? Cela faisait très longtemps que j'y songeais, car je suis sensible à la situation de ces jeunes gays en détresse... Je pense qu'on souffre tous plus ou moins ainsi quand on est adolescent. En lisant l'article de Têtu (lire n°67) sur des projets similaires en Angleterre, j'ai eu envie de bouger un peu plus. Ce n'est pas pour rien que je travaille aujourd'hui à la D.D.A.S.S. Je suis aussi conseiller municipal chargé des affaires sociales dans ma commune. Je voudrais citer deux auteurs américains, Bell et Weinberg, qui ont écrit en 1978: «Plus un jeune découvre tôt ses attirances homosexuelles, plus il est désemparé et sujet au suicide» et « La majorité des tentatives de suicide chez les jeunes homosexuels ou bisexuels surviendraient au cours de l'adolescence […], alors que les jeunes se trouvent isolés, sans groupe social d'appartenance, aux prises avec un rejet réel ou anticipé de la part des pairs, du milieu familial, voire avec une culpabilité et une homophobie intériorisée ».
Ces auteurs estiment, notamment, que les jeunes gays sont vers l'âge de 20 ans, treize fois plus susceptibles que les jeunes hétéros de commettre un acte suicidaire.

 
Nicolas Noguier - Président de l'association Le Refuge
Quelles ont été les réactions à l'appel que tu as fait paraître dans Têtu pour. obtenir des renseignements ?
J'ai reçu près de 30 mails de personnes de toutes les régions et de tous les âges. Le plus jeune avait 15 ans, le plus âgé la cinquantaine. Il y en avait aussi une bonne partie qui travaillaient dans le social (des éducateurs, par exemple).Que te disaient-ils? La plupart étaient intéressés par la structure. Le message du garçon de 15 ans m'a beaucoup touché. Il n'était pas rejeté par ses parents - de ce côté-là, ça se passait bien, mais il était dépressif et avait déjà fait plusieurs séjours en unité de soin pour adolescents. C'est ce mail qui m'a motivé pour faire avancer les choses plus vite.

Ceux qui t'écrivaient pour des raisons professionnelles avaient-ils déjà rencontré ce problème ?
Il y avait un directeur de centre d'hébergement et de réadaptation sociale qui recevait des jeunes majeurs. De jeunes gay s'étaient confiés à lui: dans leur adolescence, ils avaient été rejetés par leur famille et mis à la porte de chez leurs parents avant d'être accueillis dans ce centre.

As-tu une idée précise de ce que sera Le Refuge ?
Nous sommes une trentaine à réfléchir activement là-dessus. il y a deux possibilités: soit nous réussissons à obtenir un local et tous les accords nécessaires pour ouvrir une structure d'hébergement d'urgence avec, si possible, un accueil par des psychologues bénévoles et deux ou trois lits, soit, comme en Angleterre, nous gérerons un ensemble d'appartements situés dans une grande ville, que nous mettrons à la disposition, de ces jeunes en souffrance.

As-tu contacté des structures anglaises qui exercent cette activité ?
Parmi ceux qui ont répondu à mon appel, il y a un français, établi en Angleterre, qui a eu des contacts avec une structure anglaise. Il étudie leurs statuts.

Le futur local sera-t-il basé à Montpellier ?
Comme ceux qui constituent notre groupe de réflexion viennent de toutes les régions de France, nous voudrions qu'il y ait des structures similaires dans les grandes agglomérations. Ils sont déjà trois ou quatre à travailler sur le sujet à Rennes, et trois à Paris, que j'ai rencontrés il y a quelque temps.

As-tu une idée du calendrier de la mise en place du Refuge ?
J'aimerais bien déposer les statuts le plus vite possible. Le plus dur sera d'obtenir de la préfecture qu'elle nous autorise à héberger les mineurs.

 
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