Magali, pourrais tu décrire ton activité au sein du CGL ?
Globalement, il s'agit de soutenir la population LGBT en difficulté via une permanence sociale. En tant qu'assistante sociale, mes missions sont les suivantes : évaluation et aide à l'ouverture des droits sociaux, prise en charge en hébergement sur le dispositif de chambres d'hôtels du CGL, élaboration de projets individuels de réinsertion sociale et de suivis réguliers dans le domaine de l'accès au logement, de la réinsertion professionnelle et dans la réinsertion, collaboration avec des partenaires extérieures, des psychologues et des juristes et enfin favoriser la prévention VIH/IST. Compte tenu de la spécificité LGBT, une écoute attentive est nécessaire sur les thèmes de l'homophobie et de l'identité sexuelle.
Quels sont les problèmes récurrents évoqués par les adolescents ?
A l'heure actuelle, je ne reçois pas d'adolescents pour des raisons d'agréments et de moyens. Les jeunes de moins de 25 ans représentent 30 % des personnes suivies à la permanence. Le problème récurrent est la rupture familiale suite à un rejet de l'homosexualité de ces jeunes par les parents. Cette rupture familiale entraîne de multiples conséquences psychosociales. Le problème d'hébergement est quasi systématique, difficulté à laquelle nous ne pouvons pas toujours répondre rapidement compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement mais également, le problème alimentaire, en effet les moins de 25 ans sont généralement sans ressources. Enfin, nous échangeons autour de l'homosexualité, de l'homophobie tant sur le plan familial qu'au sens plus large c'est à dire la société (école, amis, médias...). Le besoin de parler est très fort chez ces jeunes. Ils réclament souvent des groupes de parole afin d'échanger avec des personnes qui connaissent (ou qui ont connu) le même parcours qu'eux.
Quelles sont leurs attentes ?
Pouvoir assumer et être accepté en tant qu'homosexuel, rencontrer des personnes homosexuelles également, globalement enrichir leur vie sociale. Par ailleurs, on peut considérer que leurs attentes sont les mêmes que n'importe quel jeune : trouver un hébergement stable, un emploi, une relation stable.
Concernant la rupture familiale, quelles sont les solutions que le dispositif français permet d'apporter à ces jeunes déjà fragilisés et isolés ?
Il semble qu'en France le lien entre l'homophobie et le travail social ne soit pas encore développé. Nous manquons d'études et de personnes formées sur la question.
Nous accusons du retard par rapport à d'autres pays qui disposent de foyers pour jeunes gays en errance, comme c'est le cas par exemple en Angleterre.
La permanence sociale via son dispositif de chambres d'hôtels tente de compenser à son échelle ce retard. la permanence psychologique permet également un soutien psychologique pour ces jeunes fragilisés par l'homophobie et le rejet familial.
Cependant, au delà des problématiques des jeunes LGBT, de manière générale, les dispositifs sont saturés et les moyens insuffisants pour les jeunes en errance.