Quel hébergement pour les jeunes Homos ?
En mai 2002, dans un dossier consacré aux jeunes homos (lire «Têtu» n°67), nous présentions un reportage sur les structures d'hébergement pour jeunes gays et lesbiennes en rupture familiale. Au passage, nous soulignions le retard français en la matière. Deux ans après, les choses ont elles changé? «15 20 ans» fait le point.
À qui s'adresser lorsqu'on est chassé de chez soi? Pour un ado hétéro, la démarche à suivre n'est pas simple. Pour un ado homo, c'est un véritable parcours du combattant II suffit de lire le témoignage de Maxime pour s'en convaincre. «Les assistants sociaux ne sont pas formés sur le sujet», souligne Magali Poirier, assistante sociale du Centre gay et lesbien (CGL). Des jeunes homos en rupture familiale, Magali en reçoit régulièrement «Presque exclusivement des garçons», précise t elle. Parmi les jeunes gays – majeurs qu'elle suit, environ un tiers connaît des problèmes d'hébergement, et beaucoup ne sont pas parisiens. Ils ont rejoint la capitale en espérant y trouver une solution à leur problème. «Il y a une forte attente vis à vis de la communauté, note Magali Poirier. Les dispositifs classiques sont saturés et ils ne sont pas très sûrs pour de jeunes gays.» Hélas, ceux qui placent leurs espoirs dans la «solidarité communautaire» sont souvent déçus. «Un quart des jeunes adultes ayant des problèmes d'hébergement se retrouvent pris dans un système de quasi prostitution: relations sexuelles contre logis. C'est de la prostitution de survie.» Le CGL loue cinq chambres d'hôtel destinées à l'hébergement d'urgence, financées à la fois par la Caisse d'allocation familiale et les fonds du Centre. C'est insuffisant «Nous travaillons avec le 115, explique Magali. Lorsque nous leur parlons d'un jeune homo qui a des problèmes d'hébergement, très vite, ils nous demandent s'il est "looké". Si c'est le cas, le risque d'agression dans les centres classiques est important.» La France est en retard sur les pays anglo saxons. II n'existe pas de structure d'hébergement
«Un quart des jeunes adultes ayant des problèmes d'hébergement se trouvent pris dans un système de quasi-prostitution : relations sexuelles contre logis. C'est de la prostitution de survie.»
disposant de locaux propres. À Montpellier, Le Refuge, dont nous avons souvent parlé dans Têtu, travaille dans ce sens. En deux ans, son président, Nicolas Noguier, a réussi à constituer un réseau de bénévoles professionnels du social. Le Refuge a conclu des partenariats avec le conseil général, le Crous ainsi que différentes associations de médiation, et a reçu une lettre de soutien du cabinet de Jean Pierre Raffarin. Avec les fonds récoltés après des appels aux dons, l'association peut aider ponctuellement des jeunes homos en difficulté. «Nous avons été sollicités par le conseil général pour le cas d'un garçon qui a été mis à la porte quelques jours après sa majorité», raconte Nicolas Noguier. L'assistant social qui m'a contacté n'a pas réussi à obtenir une aide du conseil général car l'ado n'était plus mineur. Il y a un grand vide pour les jeunes ados majeurs, exclus des systèmes de droit commun. Nous avons pris en charge quelques nuits d'hébergement en hôtel et mobilisé notre réseau, le temps que la situation se débloque pour lui. Il a ensuite été hébergé dans la famille de sa meilleure amie.» Nicolas confirme également l'importance de la prostitution dans ce type de situation: «Je suis en relation étroite avec le Mouvement du Nid, avec lequel nous allons collaborer l pour lutter contre la prostitution masculine, dont l'association a constaté la recrudescence» Magali Poirier, qui est en contact avec Nicolas, du Refuge, approuve totalement sa démarche: «C'est bien que des structures se créent dans d'autres villes. Nous pourrons ainsi travailler plus calmement, dans un esprit de coordination entre les régions et la capitale.» XH
Les Juristes gais, BP 24016, 75756 Paris Cedex 16. Tél.: 01-46-31-24-06. Renseignements sur www.juristesgais.org. Permanence sociale du Centre gay et lesbien de Paris le lundi de 9 heures à 18 heures, le mardi de 9 heures à 17 heures, le mercredi de 13 heures à 20 heures, le jeudi de 9 heures à 16 heures, le vendredi de 9 heures à 13 heures. Tél.: 01-43-57-46-65.www.cglparis.org.
Têtu mai 2004