En 1999, la photographe Elisabeth Carecclio a réalisé un reportage sur des « homeless kids » homos qui avaient trouvé refuge dans des centres d'hébergement communautaires,à Londres et à Newcastle. Rencontre avec Giulia,Frankie, Neil, Michael et les autres, de jeunes vies brisées qui tentent de se reconstruire. Textes XAVIER HÉRAUD et YANNICK BARBE Photos ELISABETH CARECCHIO Atmosphère familiale irrespirable, violences ou expulsion manu militari : pour les jeunes gays et lesbiennes, le coming-out ne s'accompagne pas toujours du sentiment de libération qu'ils en attendaient. Que faire lorsque l'on n'a plus d’autre issue que de quitter la maison de ses parents ? Les foyers d'accueil classiques sont loin d'être gay friendly. Et la rue peut également se révéler hostile pour les homeless kids homos. En Angleterre, en 1989, un événement tragique a fait réagir la communauté gay. Albert Kennedy avait 16 ans quand il s'est précipité du haut d'un immeuble de quatre étages pour échapper à une bande de queer bashors (des « casseurs de pédés ») qui le poursuivaient en voiture. Ses parents l'avaient mis à la porte du domicile familial. et il errait depuis de foyers en maisons d'accueil. L’une des premières organisations d'hébergement communautaire anglaises à avoir vu le jour lui a rendu hommage en prenant pour nom Albert Kennedy Trust. Depuis, des centres de ce type se sont ouverts dans plusieurs villes. Ces associations accueillent de jeunes gays et lesbiennes que leurs parents ont mis à la porte ou qui se sont enfuis de chez eux. En novembre 1999, la photographe Elisabeth Carecchio s'est rendue dans deux de ces centres. Le premier, Stonewall Housing, est situé à Londres ; le second, Outpost Housing Projoct, à Newcastle. David Bird travaille à Outpost, où il exerce la fonction de counsellor sorte d'éducateur psychologue.
Selon lui, l'objectif de ces organisations est, au-delà du simple fait d'accueillir de jeunes homos, de « les aider à acquérir toutes les capacités et la confiance dont ils auront besoin pour vivre seuls ». Ainsi, Outpost, avec l'aide d'autres associations, accompagne ces jeunes en difficulté dans leurs démarches pour trouver un logement - ce qui, reconnaît David, est « plus facile à dire qu'à faire », leur offre un soutien psychologique et dispense à ceux qui le souhaitent des conseils sur la sexualité et les drogues. Par ailleurs, l'organisation suit les dossiers d'une vingtaine de jeunes en attente d'un hébergement en centre et d'ados qui, après un passage à Outpost, ont trouvé un logement. David gère le centre avec une collègue lesbienne ; lui s’occupe des garçons, et elle des filles. Les profils et les expériences des jeunes varient selon les villes. À Newcastle, les ados - il s'agit en effet essentiellement de mineurs - peuvent rester dix-huit mois. Mais, précise David, « leur séjour dure généralement entre neuf mois et un an ». A Londres, en revanche, les jeunes homos qui arrivent à Stonewall Housing sont majoritairement majeurs, et certains d'entre eux restent de deux à trois ans. Les centres d'hébergement communautaires font des émules. L'Albert Kennedy Trust a désormais une antenne à Manchester, tandis que Outpost et Stonewall prévoient à moyen terme de se démultiplier. Toutefois, ces centres restent dépendants des municipalités qui leur octroient des subventions. Les jeunes homos qu'Elisabeth Carecchio a rencontrés ont la chance d'avoir pu bénéficier pendant quelques mois d'un toit et d'éducateurs qui les ont sortis d'une misère programmée. Mais, pour un homeless kid qui a retrouvé un logement, combien sont encore condamnés à errer dans les rues ? - XH |