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À l’heure où bon nombre d’individus hésitent encore à reconnaître une possible corrélation entre la stigmatisation de l’homosexualité et le nombre effarant de tentatives de suicide chez les jeunes gays, le dixième ouvrage de Michel Dorais tend à illustrer ce fait et à démontrer que, contrairement aux adultes, les homosexuels de quatorze à vingt-cinq ans ne disposent d’aucun réseau de ressources institutionnelles capable de les aider.

Après avoir colligé des témoignages de gays et de garçons identifiés comme tels, qui ont accepté avec courage de parler de leurs tentatives de suicide, Dorais fait ressortir dans Mort ou fif quelques-uns des contextes et motifs directement liés à ces gestes de désespoir.

Le but de cette étude qualitative, dans laquelle les récits de vie occupent un large espace, vise d’ailleurs à mettre en lumière les déplorables conditions d’existence réservées à ces jeunes, aussi bien à l’école, dans leur famille que dans leur environnement social, conditions le plus souvent reflétées dans les représentations négatives de l’homosexualité que diffusent les médias et qui en ont incité plus d’un à tenter de s’enlever la vie.

Selon les dires de l’auteur, ces secteurs jouent, dans un premier temps, " un rôle déterminant dans [le] malaise [de plusieurs homos] face à leur orientation sexuelle et dans leurs idéations puis leurs tentatives de suicide ultérieures. " Dans un deuxième temps, ils sont souvent à l’origine d’un tarissement moral étroitement lié à une claustration psychologique (et parfois même physique) à laquelle la majorité des jeunes gays ont été confrontés depuis leur jeune âge du fait de leur " particularité " , " de l’incitation à la honte d’être ce qu’ils sont et de la stigmatisation (réelle ou anticipée) qu’ils encourent en raison de leurs désirs. "

Dans cette étude, Michel Dorais parvient à nous convaincre - si besoin est - qu’une absence d’écoute, d’aide ou de soutien, permettant à ses répondants de confier à quelqu’un leur désarroi, d’obtenir du réconfort et de nourrir l’espoir de jours meilleurs, figure parmi les facteurs qui incitent les homosexuels de quatorze à vingt-cinq ans à vouloir se suicider.

De toute évidence, le silence, l’indifférence, l’irrespect, l’intolérance que les jeunes homosexuels subissent dans leur milieu de vie et dans la société, en général, restent toujours hautement problématiques.

En situant sa démarche exploratoire dans une perspective de type sociologique et tout en référant aux travaux d’auteurs réputés comme Erving Goffman, Howard Becker, Heinz Leyman, David Plummer et Christine Flynn Saulnier, Michel Dorais, de l’Université Laval, a su élaborer une typologie des hommes gays aux épithètes plutôt originales, de façon à décrire le profil de ses trente-deux répondants.

Cette classification met en évidence le fif de service (qui, très tôt dans son existence, est la cible de moqueries, d’harcèlement ou de violence en raison d’une orientation homosexuelle perçue chez celui-ci), le parfait garçon (qui cherche à se conformer aux attentes de son milieu social, quitte à nier son homosexualité), le caméléon (qui joue à être ou à se montrer hétérosexuel, en dépit de ses fortes attirances homosexuelles) et, enfin, le rebelle (qui, tout en refusant l’intolérance et l’homophobie de son entourage, développe une résistance qui le protégera d’une possible dépression). En fonction de ces quatre profils, les jeunes homosexuels développeraient différentes stratégies de survie, que Dorais appelle " scénarios adaptatifs au rejet. "

   
     
 
Michel Dorais
Mort ou Fif livre de Michel Dorais
Michel Dorais
 
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