Tu es victime d'homophobie ou de transphobie ?
Ta famille ne te comprend pas, tu es rejeté ?
Tu ne sais pas vers qui te tourner ?

Les travailleurs sociaux, acteurs essentiels du Refuge

Avant d’intégrer le Refuge, beaucoup ont déjà travaillé dans des dispositifs d’hébergement d’urgence; certains ont également accompagné des personnes en situation de handicap; d’autres encore des enfants autistes ou souffrant de troubles du comportement; et ils sont nombreux à avoir travaillé à l’étranger avant d’intégrer l’association. Les gages d’une ouverture d’esprit et d’un savoir-faire que les travailleurs sociaux ont largement l’occasion d’exploiter au Refuge.

Lorsque les jeunes arrivent au Refuge, parler est généralement la première chose dont ils ont besoin. Raconter leur histoire à quelqu’un de bienveillant qui ne les jugera pas, qui leur assurera qu’ils n’ont rien fait de mal, qu’ils ne sont pas un problème, qu’ils ne sont pas un sujet de moquerie. Contrairement à ce qu’ils ont entendu.
Le travailleur social est souvent celui qui recevra en premier – avant même les psychologues de l’association – les bribes de ces jeunes vies malmenées :

« Il faut être patient et à l’écoute. L’écoute est primordiale, car sans vigilance, certains éléments importants peuvent nous échapper » (Laura, CESF à la délégation de Paris).

Le travailleur social du Refuge œuvre dans l’ombre – notamment parce que sa discrétion est plus que nécessaire. Pour autant, il est bel et bien une pierre angulaire de la reconstruction sociale des jeunes entrant dans le dispositif. Il les accompagne, dès leur arrivée, dans leurs premières démarches administratives. Nombreux sont ceux à avoir été littéralement projetés dans une vie d’adulte sans préparation, sans avoir toutes les clés. Il faut alors les aider à faire valoir leurs droits, à obtenir des aides sociales lorsque c’est possible, leur organiser les visites médicales qu’ils n’ont pas eues, éventuellement à lancer les démarches pour obtenir la couverture maladie universelle… Une première étape qui peut s’avérer très compliquée lorsque le jeune a précipitamment quitté le domicile de ses parents, y ont abandonnant l’essentiel de ses papiers (pièces d’identité, carte vitale…), ou qu’il vit depuis longtemps à droite ou à gauche, parfois à la rue.
C’est généralement durant cette étape que le travailleur social et le responsable de la délégation ou de l’antenne tentent une médiation avec la famille. Avant d’intégrer Le Refuge et de travailler avec des jeunes victimes de l’homophobie familiale, certains travailleurs sociaux, à l’instar de Laura, n’imaginaient même pas que « le rejet des familles en raison de l’orientation sexuelle existait ».
Certains parents ont pu en effet avoir une réaction épidermique de rejet, confrontés parfois de façon tout à fait inattendue à l’annonce de leur enfant et au renoncement du futur qu’ils lui avaient imaginé, et finalement retrouver leur calme, regretter amèrement leur attitude et accueillir de nouveau leur enfant. Dès lors, Le Refuge met en place un suivi du jeune pour s’assurer que le retour en famille se passe bien.

« Je pensais que les jeunes allaient avoir moins de difficultés sociales »

Mais trop souvent, cette tentative de médiation échoue, et le rejet semble définitif, s’accompagne parfois de menaces de violence ou de mort prises très au sérieux. Alors, c’est un travail dans la durée qui est mis en place, le travailleur social le sait.
Lorsque le jeune a pris ses marques, vient rapidement le temps de l’élaboration du projet éducatif ou professionnel. L’expérience de l’homophobie ou de la transphobie à l’école, ou dans la famille, n’aide pas, l’on s’en doute ; alors, certains ont abandonné leur cursus scolaire, sont sans diplôme ni formation ; d’autres doivent dénicher les bourses qui leur permettront de poursuivre leurs études… Quoi qu’il en soit, beaucoup font leur entrée au Refuge sans ressources financières et donc sans possibilité d’être autonomes.
Les travailleurs sociaux, au fil de plusieurs entretiens, définissent avec eux, ce que pourrait être leur projet de vie. En chemin, les jeunes devront peut-être renoncer à certains rêves – ou du moins les remettre à plus tard, car l’objectif des travailleurs sociaux est de les accompagner vers l’indépendance, notamment financière, un objectif qui n’est pas toujours assimilé, certains ayant du mal « à comprendre qu’il s’agit d’accompagnement et non d’assistanat », explique Ségolène, qui s’empresse d’ajouter que « les objectifs du Refuge sont bien l’insertion et l’autonomie ». Une opinion évidemment partagée par Jean-Baptiste et, plus généralement, par toutes les équipes du Refuge : « Ce que je recherche, c’est les mener à l’autonomie. Je les accompagne avant de les lâcher un peu – tout en supervisant bien sûr ».
Pour atteindre cette indépendance, le réseau institutionnel et associatif (aux échelles nationale et locale) que le travailleur social a développé et entretient est d’un grand secours. Rechercher avec le jeune hébergé les formations qu’il pourrait suivre, lui apprendre à rédiger un CV ou une lettre de motivation, le conseiller sur l’attitude à adopter au moment d’un entretien d’embauche, l’entraîner à se présenter et à défendre ses compétences, lui apprendre à cibler ses recherches d’emploi… autant d’objectifs que le travailleur social fixe au jeune, aidé de ses nombreux partenaires. Non sans difficulté parfois, car apprendre à devenir adulte en suivant une méthode nécessairement accélérée peut s’apparenter à une confrontation avec la réalité : « Quand un jeune a été longtemps en errance, le plus difficile est de l’inscrire dans un projet de vie. Certains peuvent ne pas savoir où ils veulent aller » (Laura)
Surtout que le contexte économique est, comme chacun le sait, difficile. « L’accompagnement professionnel est compliqué et malheureusement, je n’ai pas de baguette magique. Je me sens parfois démuni… le marché du travail est difficile », explique Jean-Baptiste. Ce d’autant que l’homophobie ambiante ne facilite pas le recrutement. « Lutter contre l'homophobie sur le plan local est l’une de nos plus grandes difficultés », reconnait Emmanuel, CESF Bénévole à l’antenne de Perpignan. Elle actualise un rejet qui a déjà ébranlé les jeunes, la plupart menant par ailleurs une véritable lutte pour restaurer l’image dégradée qu’ils ont d’eux-mêmes. Et le rejet est pire encore lorsqu’il s’agit de jeunes trans’, comme peut en témoigner Laura : « La transidentité complique l’intégration dans le milieu professionnel et les propos peuvent être très violents ». Pourtant, pas question de baisser les bras, les travailleurs sociaux y veillent.

Enfin, vient la dernière étape, celle de l’accès au logement, car l’hébergement au Refuge ne peut durer qu’un temps, du fait des demandes toujours plus nombreuses. Là encore, la réalité n’est pas toujours facile à appréhender : « Quand un jeune a un travail en apprentissage ou à temps partiel – donc avec une faible rémunération – et souhaite louer un appartement de 50 m2 en centre-ville, il est parfois difficile de lui faire prendre conscience de la réalité du marché immobilier… » (Ségolène)
Et l’on connait en outre la légendaire frilosité des bailleurs qui ont des exigences parfois assez délirantes en matière de garanties… Alors lorsqu’arrivent des jeunes dont les parents ne se porteront pas garants… Il faut là encore se battre, trouver parfois des solutions transitoires, le temps que le jeune puisse enfin accéder à un logement.

« Quand un jeune a un travail stable, réussit à renouer un lien avec sa famille et se sent bien dans sa peau, c’est déjà énorme »

Dans le secteur social, les occasions de se réjouir ne sont pas toujours légion, alors, comme l’explique si clairement Ségolène, « dès qu’une issue est positive, lorsqu’un jeune a pu trouver un emploi et parfois aussi un logement grâce aux outils mis en place par le Refuge, l’équipe est forcément fière », avant d’ajouter : « Fière également lorsque les jeunes restent en contact avec nous, car c’est la preuve qu’un lien de confiance s’est tissé. C’est également bien pour les nouveaux hébergés de voir la réussite des anciens ». Car au-delà de l’hébergement, un accompagnement est toujours proposé et les anciens hébergés sont toujours invités à revenir. Enfin, il y a quelques mois déjà, un ancien hébergé du Refuge, Mehdi, a monté une association – l’Amicale des jeunes du Refuge (AJR) dont l’un des objectifs est de proposer aux jeunes qui ont quitté le dispositif de rester en contact et de conseiller ceux qui arrivent...

Comment devient-on CESF ?

Un conseiller en économie sociale et familiale (CESF) forme ou informe dans tous les domaines de la vie quotidienne, de manière à lutter contre l’exclusion. Il peut travailler dans les structures médico-sociales, les associations, en mairie, au conseil général, etc. Le DECESF (diplôme d'État de conseiller en économie sociale et familiale) est obligatoire pour exercer. Il peut notamment se préparer en un an en suite d’un BTS. Après l’obtention de son diplôme, Ségolène, travailleuse sociale à la délégation lyonnaise du Refuge, a fait deux années de volontariat auprès de personnes en situation de handicap à l’étranger ainsi qu’une expérience dans un dispositif d’hébergement d’urgence. Ségolène fait partie des sept salariés CESF de l’association, en poste à Toulouse, Montpellier, Marseille, Lyon, Lille et Paris. Ils sont aidés par cinq ou six bénévoles. Avant d’être conseiller à l’antenne de Perpignan, Emmanuel a été l’un d’eux. Une première approche qui lui a été bénéfique : « Mon bénévolat au sein du Refuge m'a permis de développer mes connaissances concernant le public LGBT, la prise en charge de l'urgence, la notion d'hébergement d'urgence, le travail sur la prévention des conduites à risque... ». Mais tout le monde ne peut pas s’improviser CESF.

« Le travail social reste une vocation, je ne pense pas que tout le monde peut le faire, conclut Laura de la délégation parisienne. Ça ne s’improvise pas. »

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