Tu es victime d'homophobie ou de transphobie ?
Ta famille ne te comprend pas, tu es rejeté ?
Tu ne sais pas vers qui te tourner ?

Muriel Robin, marraine du Refuge

muriel robin le refuge

Bouleversée par la souffrance des jeunes LGBT rejetés par leurs parents, Muriel Robin a accepté d’être la nouvelle marraine de l’association Le Refuge et l’ambassadrice de la campagne nationale hivernale d’appel aux dons.

Pour Jeanne Magazine, la comédienne et humoriste nous parle de son engagement auprès de l’association, qui souhaite alerter les citoyens sur l’isolement dont souffrent les jeunes gens du fait de leur orientation sexuelle ou de genre. 

Vous êtes aujourd’hui engagée auprès de l'association Le Refuge. Comment avez-vous connu cette association ?

J’ai connu l’association alors que je jouais à Montpellier. J’ai voulu rencontrer les gens qui s’en occupaient et je suis donc allée les voir. J’ai vu ces enfants, qui avaient été livrés à eux-mêmes, certains d’entre eux avaient même dû arrêter leurs études, qui allaient être certainement brillantes, et qui se sont retrouvés sans rien. Je les trouve formidables ces gamins, ils m’intéressent et je me demande ce qu’ils vont faire dans la vie. Comment vont-ils faire pour avoir confiance en eux, et pour se dire qu'ils sont des gens bien ? L'orientation sexuelle ne définit pas la personne que l'on est et on est obligé de le rappeler aux parents qui l'oublient : un être c’est une âme, c’est un coeur, et s’il fallait choisir, moi je préfèrerais cinquante fois un enfant homosexuel avec un joli coeur, qu’un hétéro qui a envie de tuer tout le monde.

Muriel Robin, marraine du RefugeEn tant que marraine de l'association, quel message souhaitez-vous faire passer en priorité ?

Comme je l’ai écrit dans la phrase d’accroche de la campagne d’affichage du Refuge : « On ne choisit pas d’être différent ». Et, donc, j’essaie humblement de faire passer un message aux parents pour leur dire qu’ il n’ont pas à ressentir de culpabilité, mais une responsabilité. C’est un mot que j’aime bien dans la vie. On est responsable de ses actes, donc, quand on fait un enfant, on en est responsable. Avec beaucoup d’amour, je voudrais surtout leur dire que l’enfant qui se retrouve avec cette différence ne l’a pas choisie. Cela me parait très important de le souligner : l’enfant ne choisit pas, c’est quelque chose qui lui tombe dessus, un élément parmi d’autres dans la vie qui fait que ça va être un peu moins facile. Cela peut être une période complexe lorsque l'on prend conscience de sonhomosexualité car l'on se dit que cela va être compliqué avec la famille, avec le travail, avec les amis et avec la société. Et c’est à ce moment bien précis qu’on a le plus besoin de ses parents et d’amour autour de soi. Les parents peuvent alors se dire que leur enfant n’a pas la même sensibilité que les autres, et ils peuvent s’en réjouir parce que c’est intéressant d’avoir un enfant qui a une autre sensibilité, qui va peut-être regarder le monde autrement et peut-être faire des choses différentes pour ce monde-là. Je n’invente rien et on a pu le remarquer, il y a souvent des carrières artistiques et on est souvent d’ailleurs des gens plutôt brillants [Rires]... En tant que parent, il faut être à ses côtés, et se rappeler toujours, même si c’est difficile, qu’on ne fait pas un enfant pour soi. Rappelons aussi que les stéréotypes qui peuvent traverser l’esprit comme «Je ne serai pas grand-père ou grand-mère », ne sont plus valables aujourd’hui.

Que diriez-vous justement aux parents qui mettent leur enfant à la porte parce qu’il est homosexuel ?

Encore une fois, qu'on ne choisit pas. C’est pour cela que je m'engage auprès de l'association, c’est ma façon de soutenir ces gamins qui ont été traités comme des moins que rien, et à qui on a dit : « T’es de la merde, t’es rien, tu n’es pas notre enfant ». A ces parents, je leur dirais : « Si, c’est votre enfant... C’est vous qui l’avez fait ! Et peut-être qu’il y a en vous, très très très au fond de vous, un problème avec l’homosexualité. » C’est toujours intéressant quand on est contre, de s’interroger sur les raisons et c’est ce que j’aimerais dire aux parents : « Vous êtes contre parce que probablement vos parents étaient contre et que c’était une autre époque etc. Mais est-ce que ce ne serait pas intéressant, que vous, aujourd'hui parent, vous vous donniez les moyens d’être pour ? ». Continuez... Il ne faut pas qu'ils aient honte, ils se trompent de honte. Je leur dirais : « Peut-être que vous, parents, vous pourriez avoir un peu honte, mais vous avez le droit de faire machine arrière et de vous demander comment vous avez pu mettre votre enfant dehors. Si vous avec un peu honte de ça, ce serait normal et on ne vous en voudrait pas. Alors, s’il y a des parents qui me lisent, je leur expliquerais qu'ils ont le droit de faire marche arrière et surtout de s'interroger. »

Parlons un peu des débats qui ont eu lieu autour de la loi du mariage pour tous. Pensez-vous que cela a libéré la parole homophobe ?

Cen’est pas que je le pense, c’est qu’on l’a constaté ! On a pu voir à ce moment-là une libération de l’homophobie des gens qui étaient contre, qui réagissaient comme leurs parents. Que dire aussi de ces enfants qui étaient en poussette dans les manifs, ces enfants encore qui avaient 5, 7, 10 ou 12 ans qui comprenaient un peu pourquoi leurs parents défilaient et qui réagiront probablement comme leurs parents... Mais quand je vois cette homophobie, qu’on a bien vue à cette période, j’essaie de voir le verre à moitié plein. L’année dernière, à l'occasion des 20 ans du spectacle Ils s'aiment, on a joué plusieurs versions. L'une était jouée par un couple hétéro, et l'autre par un couple pas hétéro. C’était intéressant de noter que lorsque Michèle [NDLR : Laroque] et moi-même jouions ce spectacle, il y avait autant de monde que pour la version avec le couple hétéro. Ca veut dire que les choses ont un peu bougé, car je ne suis pas sûre que cela aurait été le cas il y a dix ans.

Vous avez ainsi concrètement remarqué une évolution des moeurs... 

Ca un peu bougé aussi parce que nous sommes deux femmes, et je pense que l’homosexualité féminine « gène » moins que l’homosexualité masculine. Mais il y a toujours de l’homophobie, il y a du travail, il faut expliquer, et le faire avec beaucoup d’amour. Il ne faut pas juger ceux qui jugent. Je ne suis jamais dans le jugement, j'essaye simplement de comprendre pourquoi ces gens se positionnent ainsi pour ensuite essayer de leur expliquer comment ils pourraient se positionner autrement. Il faut réfléchir et faire confiance à la personne. Et si l’ego de cette personne, de cette maman ou de ce papa, passe avant son amour, et bien l’affaire est peut-être effectivement perdue... Alors à ce moment-là, je tiens à féliciter l'engagement du Refuge et celui des personnes qui font un travail formidable.

Parlons un peu d'actualité.. Que pensez-vous de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, notamment aux couples lesbiens ?

Moi je suis pour évidemment ! Rien n'assure le bonheur d'un enfant, et s'il suffisait d'un homme et une femme pour cela, ça se saurait. Cela n'assure rien. Et pour ce qui est d'un référent masculin, vous savez, je vais vous dire, vu le nombre de mecs qui se barrent, l’enfant est très souvent élevé par la mère. Le mec est parti, il voit l’enfant à peu près tous les 15 jours, mais dans tous les cas il ne fera pas partie de son quotidien. Chez les hétéros, il ’y a pas toujours de référentmasculin, car les gens peuvent divorcer par exemple. Le plus important, c’est de donner de l’amour pour que l’enfant ait confiance en lui, qu’il ait son libre-arbitre et qu'il ne soit pasle clone de ses parents. 

Que pensez-vous de la nouvelle générationd’artistes, notamment aux Etats-Unis avec Ellen Page et Kristen Stewart qui apportent eur soutien à la communauté LGBT en parlant librement de leur orientation sexuelle ?

C’est bien, évidemment, mais ce sont des femmes. On voit peu d’hommes prendre la parole. Au sein de la société, aujourd'hui, on s’en fout un peu des femmes et qu’elles dorment ensemble ou qu’elles couchent ensemble, tout le monde s’en moque un peu en fait. On voit vraiment la différence, si un acteur dit qu’il est homo, a priori, on ne lui mettra plus jamais une femme dans les bras... Donc, oui, ces artistes font avancer les mentalités, comme j’ai pu peut-être moi-même les faire avancer. Et si cela peut aussi éviter d’être traitée de « sale gouine » dans la rue, alors c’est pas mal. Parce dans le fait d’être traitée dans la rue de « sale gouine », ce qui me gêne le plus c’est le mot sale, car je ne suis pas quelqu’un de sale et quant à l’autre mot, je ne le comprends même pas. Et pour en revenir aux artistes, c’est bien car on voit de plus en plus de couples de femmes. Ce n’est plus un événement, mais chez les garçons ça n’avance plus beaucoup.

Vous voulez dire que dans le milieu artistique, c’est plus facile d’être lesbienne que gay ?

Bien sûr ! Et d’ailleurs la raison on la connaît : c’est l’acte sexuel. Chez les hommes, c’est ça qui gêne et qui est inacceptable pour les gens. Mais comment ces gens le savent d’ailleurs ? Est-ce que vous savez, vous, ce qui se passe dans le lit d’un couple hétéro ? A partir du moment où les filles ne portent pas de costume trois pièces et une cravate, ça ne dérange personne [Rires].

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INTERVIEW FRANCE BLEU

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