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J’ai compris que j’étais homosexuel quand j’ai eu 18 ans. C’était à mon entrée au lycée. Certains de mes amis assumant déjà leur homosexualité, et étant déjà eux-mêmes acceptés malgré tout par d’autres amis en commun, y compris au lycée, j’ai donc assumé mon homosexualité sans difficulté pour ce qui était du lycée.

Par contre, dans ma famille d’accueil, je ne voulais pas qu’ils le sachent, car lorsque l’on voyait des reportages ou des séries dans lesquelles il y avait des homosexuels, ils disaient : « Regarde-les, les « PD », c’est honteux ! ». Un jour où mon copain me ramenait au lycée, alors que nous étions main dans la main dans une rue où il n’y avait presque personne, j’ai croisé mon oncle. Il m’a regardé avec un regard froid, dévisagé de la tête aux pieds. Il est passé à côté de moi et m’a mis un coup d’épaule.

Le lendemain, en allant sur Facebook, j’ai découvert un message de ma mère, à qui je ne parlais plus depuis plus de 3 ans : « J’ai eu Christopher hier. Il m’a dit qu’il t’avait croisé avec un mec, apparemment vous vous teniez la main. Si tu avais été éduqué par moi, tu ne serais jamais devenu « PD ». Tu es la honte de la famille. Tu peux dire que je n’ai pas été une bonne mère, mais alors toi, tu es un « PD ». Il faut vraiment que tu ailles en psychiatrie mon fils, tu es un malade mental. Ta grand-mère t’aurait tué si elle était encore vivante. Tu mérites d’aller te faire violer en prison, tu apprendrais ce qu’est la vie. Tu n’es plus mon fils, je te renie. Ne viens même pas sur ma tombe quand je serais morte, je ne veux pas d’un fils « PD ». Toute la famille te reniera, tu mérites de crever en enfer ».
Quand je suis rentré chez moi, je me suis effondré. Je n’ai pas osé en parler à ma famille d’accueil car j’avais peur de leur réaction. Avec ma famille, je m’entendais bien : j’étais arrivé chez elle à l’âge de 1 an et demi. Ils étaient comme mes parents, ils m’avaient soutenu quand j’ai été opéré du cœur, soutenu quand ma mère m’a laissé tomber pendant plus de 1 an et demi pour aller voir ses copains… Mais lorsque ma meilleure amie, qui était excédée par le comportement autoritaire de ma famille d’accueil, leur annonça que j’étais homo, ça a changé d’un coup : je devais rester dans ma chambre quand je rentrais du lycée, je devais manger en 5 minutes et remonter aussitôt, je devais rentrer le mercredi après-midi à pied (2 heures de trajet, car il n’y avait pas de bus et ils ne voulaient pas venir me chercher), je devais passer mes week-ends hors de chez eux parce qu’ils voulaient être tranquilles… À chaque fois qu’ils parlaient des homosexuels à la télé, j’avais le droit aux insultes : « sale race » , « que des « PD », ils n’ont qu ‘à s’enculer ! ». Je devais toujours laver mon linge à part, je n’avais plus le droit de passer un peu de temps avec les petits, je ne devais pas toucher le bébé. Au début, je ne disais rien, pensant que ça passerait. Mais au bout d’un mois, ça me démangeait, alors j’ai commencé à leur répondre. En décembre 2012, j’ai été convoqué par mon éducatrice qui m’a annoncé que ma famille d’accueil ne voulait plus de moi et qu’ils me laissaient une semaine pour partir et trouver quelque chose.

J’ai essayé jusqu’à la dernière minute de les faire changer d’avis, je leur disais que ce n’est pas grave d’être homo, qu’ils ne pouvaient pas effacer plus de dix-neuf ans de vie commune d’un seul coup, mais ils n’ont rien voulu entendre. Alors j’ai quitté la Normandie et je me suis donc retrouvé chez Florence, la maman de mon copain, qui m’a ouvert la porte de chez elle alors que ça ne faisait qu’un mois que j’étais avec Julien. Elle m’a accueilli sans problèmes.Ça s’est super bien passé, mais étant nombreux dans l’appartement, elle m’a trouvé le Refuge.

J’ai souvent reçu des SMS de Laura [du Refuge] me demandant comment ça allait et puis, le 6 février 2013, j’ai intégré le Refuge. Au début, j’avais peur, je me disais : « Je ne veux pas », mais quand j’ai vu l’équipe, souriante, attentive et rassurante, j’ai fini par comprendre que ça ne serait pas si terrible que ça, et puis les jours, les semaines, les mois ont passé… J’ai trouvé un travail, je me suis rapproché des autres jeunes, des bénévoles, des salariés, de Nicolas et Frédéric, des adhérents. Ils m’ont fait confiance, m’ont permis de rencontrer des gens exceptionnels. J’ai retrouvé un équilibre, une joie de vivre, une vraie famille.

Le 6 janvier 2014, j’ai pris mon envol, grâce au Refuge. J’ai enfin une vraie vie, et surtout une Famille, depuis la soirée de lancement des clips pour la campagne 2014 de l’association. J’ai rencontré d’autres membres de cette grande Famille. Depuis ce jour, je suis heureux, je me sens bien dans ma vie, et surtout, j’ai une famille que j’adore : le Refuge. Qui sera toujours là pour moi, et moi, je serai toujours là pour eux.

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