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Nicolas Noguier, Président Fondateur du Refuge

Collège des fondateurs

Je grandis à la campagne près de Béziers. Adolescent, comme beaucoup de jeunes LGBT, j’essaie d’abord de nier mon homosexualité, par honte et par peur du regard des autres. Si je décide finalement à entrer en contact avec d’autres garçons dans ma situation, c’est pour découvrir qu’il n’existe que bien peu d’associations ou de structures (hormis les centres de soutien téléphonique) pour rompre l’isolement et offrir les premiers soutiens dont tout jeune, dans ma situation, a besoin.

Après mon bac, je suis des études de sciences économiques puis me spécialise dans le secteur sanitaire et social et passe le concours d’Inspecteur de l’Action Sanitaire et Sociale.

Ma première relation amoureuse marque un tournant dans ma vie : mon ami pirate ma boîte mail et annonce à tous mes contacts (amis, famille, relations professionnelles) mon homosexualité. Je fais alors une tentative de suicide et passe plusieurs jours dans le coma. À mon réveil, mes parents sont à mes côtés, solidaires.

En poste à la DDASS (qui deviendra par la suite l’Agence régionale de santé, ou ARS), j’apprends l’existence d’une structure d’hébergement pour jeunes homosexuels en Grande-Bretagne. Je mène mon enquête dans l’hexagone : les travailleurs sociaux témoignent de besoins réels, mais rien n’existe. Fort de ce constat, je décide de créer en France la structure qui aurait manqué si ma famille m’avait tourné le dos : l’association le Refuge est immatriculée début 2003 à Montpellier et se donne pour mission d’accompagner les jeunes gens rejetés par leur entourage du fait de leur orientation sexuelle (homosexualité, bisexualité, transidentité).

Mais je suis alors loin de mesurer la gravité de la situation. À peine créé, très peu connu encore, Le Refuge reçoit déjà quantité d’appels de détresse de la part de jeunes isolés victimes de l’homophobie scolaire ou familiale, parfois jetés à la rue par leurs parents, pour certains se livrant à une prostitution de survie…

Pour faire face aux demandes toujours croissantes, l’association se réorganise et prend le parti de se décliner en délégations dès 2008, afin de couvrir plus largement le territoire. En plus de Montpellier, celles de Paris, Alfortville, Avignon, Bastia, Besançon, Bordeaux, Cayenne (Guyane), Grenoble, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Perpignan, Rennes, Saint-Denis (Réunion), Strasbourg, Toulouse, Angers voient peu à peu le jour.

Du fait de son expérience et de son efficacité, Le Refuge est peu à peu devenu un interlocuteur reconnu des pouvoirs publics. Ainsi l’association, reconnue d’utilité publique, bénéficie-t-elle de l’agrément du Service civique, de l’agrément Jeunesse et Éducation populaire et, depuis 2014, de l’agrément de l’Éducation nationale. En outre, une convention signée avec la Protection judiciaire de la jeunesse lui permet d’intervenir à l’École nationale de la PJJ. Enfin, initialement destiné à accueillir des jeunes de 18 à 25 ans, Le Refuge héberge également quelques mineurs placés sur décision de justice.

Pour ce parcours et mon engagement, j’ai reçu le titre de Jeune citoyen remarquable dans le monde, en 2013, délivré par le TOYP JCI.

En 2020, l’association Le Refuge, qui compte 16074 adhérents et donateurs, devient une Fondation reconnue d’utilité publique.

Pour cela, mon premier rendez-vous au Bureau des associations et fondations au ministère de l’Intérieur date du 30 juin 2017. Ce rendez-vous constitue la première pierre de ce projet porté par le conseil d’administration élu le 20 mai 2017. La volonté de transformation de notre association reconnue d’utilité publique en fondation reconnue d’utilité publique a été la première grande décision du nouveau conseil d’administration. C’est une étape historique : créée en 2003, reconnue d’utilité publique en 2011 et transformée en fondation reconnue d’utilité publique en 2020, Le Refuge connaît un nouvelle étape fondamentale dans son développement.

Cette transformation était un nouveau défi tant les étapes nécessitent une rigueur exemplaire : pour prendre sa décision et signer le décret, le Ministre de l’Intérieur s’appuie sur l’avis du Conseil d’Etat qui s’appuie lui-même sur les avis du ministère des Solidarités et de la Santé et du ministère de l’Education Nationale et de la Jeunesse.

La fondation implique de nouvelles relations avec la puissance publique et permet de porter haut et fort la voix des milliers de jeunes que Le Refuge accompagne. La cause portée par Le Refuge méritait d’être portée par une fondation qui évoque stabilité et confiance : stabilité par ses réserves financières et confiance vis à vis des donateurs de par sa gouvernance qui inclut un représentant de l’Etat.

Enfin, ce passage en fondation est une vraie reconnaissance du travail réalisé par toutes les équipes depuis plus de plus de 17 ans. Nous nous devions d’enclencher ce processus pour porter nos valeurs avec plus de visibilité et de force.

Le travail qui attend nos équipes est considérable mais la mobilisation exemplaire durant la crise sanitaire actuelle démontre à quel point nos équipes sont impliquées et portées par l’envie de redonner le sourire aux jeunes. Le passage en fondation a été officialisé par la publication au Journal Officiel le 14 mars 2020, 48h avant le début du confinement. Cette transformation nous a donné encore plus de force en nous responsabilisant encore plus et en confortant nos missions d’assistance envers les plus fragiles.

Depuis le début du confinement le besoin d’écoute a explosé et 40 jeunes sont déjà hébergés au-delà de notre capacité d’accueil.

Le plus grand défi sera de répondre aux besoins de tous les jeunes confinés avec des parents homophobes et transphobes et confrontés à des violences psychologiques et physiques. La détresse psychologique de ces jeunes sera considérable mais nos équipes anticipent et seront plus que jamais présentes.

Le Refuge va poursuivre son maillage territorial et renforcer sa présence en milieu rural ainsi que dans les territoires ultramarins. Notre fondation va développer son réseau européen et international afin de consolider son rôle de plaidoyer.

Les mentalités progressent en France mais les débats dans le cadre de la loi ouvrant le mariage pour tous ont été révélateurs d’une homophobie lancinante et insidieuse au sein de notre société. La loi en elle-même constitue un grand pas vers l’égalité mais elle témoigne aussi de l’immense travail à réaliser pour converger vers l’égalité réelle. L’homophobie et la transphobie sont présentes partout : dans le travail, dans le sport, au sein des familles… et surtout, l’homophobie et la transphobie s’expriment en pleine lumière : les agressions dans l’espace public se multiplient.

Un chiffre témoigne de l’absence d’évolution positive de notre société : 303. C’est le nombre jeunes hébergés et accompagnés au 11 mai 2020. Un nombre qui était inimaginable le 8 janvier 2003, date de création de l’association.

Les LGBT-phobies sont toujours aussi présentes en France. Nous avons besoin de la mobilisation de tous les citoyens pour faire évoluer la place des femmes et des personnes LGBT+ dans notre société. Les deux combats doivent être portés ensemble pour que la société évolue vraiment. L’enjeu est important car lors des crises sociales, la montée des discriminations est inéluctable. Il ne faut pas baisser les bras et toujours porter haut et fort notre cause sinon les conséquences seront dramatiques.

Accueillir tous ces jeunes et prendre conscience de l’ampleur de notre dispositif a été un moment très fort émotionnellement. Je pense aussi à l’ouverture du dispositif pour jeunes réfugiés et demandeurs d’asile et à la création du Lieu de Vie et d’Accueil pour jeunes de 14 à 17 ans : deux dispositifs qui témoignent de l’évolution de notre fondation tant par le rajeunissement des jeunes faisant appel à nos équipes et que par l’accueil de plus en plus important de jeunes étrangers qui ont été contraints de fuir leur pays en raison de danger de mort : un public auquel nous devons assistance.

La création de notre cellule de crise réunissant l’ensemble de nos travailleurs sociaux et une grande partie de nos équipes dont plus de 90 bénévoles témoigne de l’efficacité et du dynamisme de notre fondation.

Pour finir, je souhaite adresser un mot d’espoir pour tous les jeunes, une citation d’Eléanor Roosevelt : « il faut toujours croire en la beauté de ses rêves. ». C’est d’un rêve qu’est née notre association devenue fondation et ce sont des milliers de rêves de jeunes que nous aidons à concrétiser années après années.

En plus de mon mandat de Président du Refuge, je suis aujourd’hui inspecteur, chargé du contrôle des mandataires judiciaires à la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale Occitanie.

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