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« Si je couche avec « un trans », est-ce que je suis gay ? »

Tribune d’Olivia Chaumont et Frédéric Gal – Mardi 03 mars 2020


Cette question, posée par un élève de 1ère (aux propos farouchement LGBTphobes), aussi incongrue soit-elle, n’appellerait de notre part qu’un seul type de réponse, logique, immuable. Celui dans un premier temps de considérer évidemment une femme trans comme une femme, tout simplement, et donc déjà de rectifier « un trans » en « une trans » et donc de confirmer la rassurante hétérosexualité sous-entendue.

Ceci, sans autre possibilité d’interprétation, comme nous le faisons depuis des années avec les jeunes hébergés et accompagnés au Refuge. Cependant cette réponse pourtant logique, nécessite avant d’être énoncée plusieurs explications de texte, d’autant plus lorsque l’on s’adresse à un public scolaire.

D’abord, revenir sur des terminologies telles que « hommes », « femmes », « transidentité », « transexualité » « identité de genre », « identité sexuelle », « LGBT ».

Ce sont des préambules nécessaires (et pour lesquels 2 heures d’intervention en classe ne suffisent pas) pour comprendre les fondements de cette thématique. Et c’est là que le bât blesse. Au terme « transsexuel », trop connoté médicalement et sexuellement, est préféré le terme « transidentité », qui lui-même, par certaines associations et certaines personnes concernées, est abandonné au profit du terme « transgenre ». Au sein même de la « communauté LGBT+ », des débats font rage sur le sujet pour désigner qui aura la bonne terminologie, les uns scrutant à la loupe le mot « inadapté » employé par les autres. Et certains s’érigent alors en justiciers, se chargeant d’une mission auto-proclamée de défense des droits au nom de toutes et tous…sans qu’on parvienne pour autant à un consensus total.

Le monde universitaire est aussi inclus dans le débat avec des affrontements de théories sur le sujet : Judith Butler qui estime qu’une personne « devient soit un homme ou une femme par les actions répétées qui dépendent des normes sociales ou des façons particulières d’agir qui sont propres à chaque culture ». A l’inverse, Susan Bordo, philosophe, pensant au contraire que le genre est déterminé majoritairement par le corps. Ou pour finir, Kim Wallen et sa théorie biologique sur la construction du genre. Le débat est là, nécessaire et productif.

De ce fait, il faut adapter son discours au public abordé. Une formation auprès de psychologues, travailleurs sociaux ne sera pas formulée du même acabit qu’une sensibilisation d’élèves de 1ère en lycée. Les réflexions ne seront pas les mêmes, les réponses à apporter non plus. Il ne s’agit donc pas là de faire un cours sur le genre, la construction sociale d’une identité, ni même de faire un cours de médecine et d’anatomie pour définir qui est qui : chacun se définira comme il le souhaite.

Il s’agira avant tout de mener des réflexions de déconstruction de préjugés, sans pour autant en nier la réalité factuelle et de la situer à 3 niveaux : une réalité anatomique et biologique ; une réalité de représentation sociale, et la réalité du genre. Anatomiquement et biologiquement, un individu possédant un vagin est considéré comme femelle, et un individu possédant un pénis est considéré comme un mâle. Mais est-ce pour autant que l’on doit uniquement se définir et/ou être défini d’un point de vue anatomique ou biologique ou selon nos chromosomes ? Non ! Non, ce serait nier une autre réalité, celle de l’identité sociale (homme ou femme) ou encore son identité de genre (masculin, féminin, neutre) identité ancrée en soi, au plus profond, qui nous appartient et qui nous constitue.

Ce serait aussi nier le combat de toutes ces associations LGBT+ dont le but est de faire émerger une interrogation pour qu’elle devienne une banalisation et débouche sur du respect.

Enfin, on pourrait même pousser la réflexion jusqu’à une autre réponse qui viserait cette fois à sortir des étiquettes (certainement rassurantes) pour se concentrer sur ce qui est notre point commun à tous. Que l’on soit lesbienne, gay, bi, trans, queer, intersexe, en questionnement, asexuel, alliés, cis, binaire, non-binaire, nous appartenons toutes et tous à la même communauté : l’humanité.

Ce n’est que dans l’union que ces combats pourront avancer, dans cette solidarité, face à l’inculture et à la haine, quelquefois crasse, que l’on entend, que l’on subit.

Sinon, sans cette solidarité, nous continuerons à entretenir notre retard dans le domaine.

Et c’est pour Julia, à Paris ; pour Nana, à Bordeaux ; pour Nathalie, à Clermont-Ferrand, et pour toutes les autres victimes silencieuses de la transphobie  que nous avons l’obligation, et le devoir de nous battre. L’ennemi c’est l’ignorance. Uniquement.

Film « Rencontre de trans »

Témoignages de Serena et Saki

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